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Bâtiment : Si les bétons glissent, les vaches faiblissent #1

Actualité15/02/2021

Dans les bâtiments d’élevage, bon nombre de blessures graves sur les vaches sont dues à des chutes sur les bétons.

Ces chutes accidentelles sont souvent la résultante de fortes activités dans les bâtiments avec des vaches en chaleurs, conjuguées à des sols devenus glissants. En additionnant ces situations avec des bâtiments saturés, les pertes de vaches équasillées peuvent avoir de lourdes conséquences.

Un bâtiment et des couloirs neufs, quoi faire ?

A la mise en route d’un bâtiment neuf, les couloirs ne sont pas toujours traités pour répondre à une friction suffisante et supprimer les risques d’équasillement des vaches. Trois traitements de surfaces existent principalement sur les bétons pour leur donner une bonne friction : le rainurage, la scarification et le traitement thermique (moins répandu).

 

Tableau 1 – Comparaison de différents types de sols fréquemment rencontrés selon les caractéristiques des sols (adaptée de la bibliographie et des résultats de l’étude SOLVL)

 : Le sol est très adapté pour la caractéristique considérée    : Le sol est très peu adapté pour la caractéristique considérée

 

 

Sur un 1er traitement de béton, le rainurage est la solution majoritaire. Il doit permettre de tracer les rainures avec des arrêtes nettes et régulières. Ces rainures font entre 12 et 18 mm de large selon les machines, espacées de 50 mm en moyenne.

Les rainures permettent de répartir les surfaces d’appuis des animaux de manière régulière. Cela augmente le poids sur une partie de l’onglon de manière à lui donner plus d’adhérence. Cette opération demande d’être très maitrisée pour ne pas mettre une partie trop importante du pied dans le vide (au-dessus des rainures) et ainsi créer plus de traumatisme par une surcharge que de régler un problème de friction. Si les arrêtes ne sont pas nettes et les rainures plus ou moins larges, l’espace nécessaire de 50 mm entre les rainures ne se retrouve plus. Le risque est alors de créer de la surcharge sur les parties de l’onglon en contact avec le sol.

Cette opération demande un prérequis primordial sur vos bétons : un béton dense et solide. Pour rainurer un béton, sa dureté doit être maximale. Un béton neuf doit avoir entre 6 et 8 mois de séchage pour intervenir. La densité du béton en surface doit également être très forte. On observe que les bétons qui ont été très lissés/vibrés posent problème. Cette opération de vibrage répétée fait remonter trop d’eau en surface et dilue ainsi la densité des bétons. Le risque est d’avoir des arrêtes de rainures qui se brisent. La rainure peut alors faire 25 à 30 mm de large en surface alors que l’on vise 12 à 18 mm. Le pied se trouve alors dans le « vide » au dessus des rainures.

Et sur des bétons déjà rainurés mais usés ?

La scarification des bétons reprend l’intégralité de la surface du béton pour lui redonner un pouvoir de friction important. Cela revient à marteler le béton sur toute sa surface pour le rendre agressif. Cette intervention permet de redonner une seconde vie à des bétons usés. Elle peut se pratiquer après un rainurage ayant de l’âge. A l’inverse, le rainurage d’un béton déjà scarifié est impossible.

Cette intervention est très efficace du point de vue du pouvoir de friction. Les animaux retrouvent des appuis très stables. Cela permet aussi d’intervenir sur des bétons dont la qualité est insuffisante pour un rainurage de qualité. Cependant, il est conseillé de ne pas réaliser d’interventions de parage avant cette opération. L’agressivité que retrouve le béton aura un rôle abrasif important sur les cornes des sabots par la suite.

Un élément important réside dans le nettoyage du chantier après cette opération. La scarification laisse des quantités très importantes de débris de formes très anguleuses qui pénètrent bien dans les onglons. Il faut donc effectuer un balayage intense suivi d’un lavage au jet important de tout le couloir pour ne pas laisser de débris.

Pour limiter l’agressivité du béton envers le racleur, vous pouvez laisser quelques bandes non scarifiées. Une bande de 50 mm de large non traitée tous les 50 cm permet de supporter les volets des racleurs et ainsi de ne pas les rogner trop vite en direct sur le béton scarifié. Notons ici que les passages très répétés des racleurs provoquent une forte usure des bétons en surface, les rendant glissants.

Et la neutralisation des bétons ?

Cette étape est la clef essentielle qui clôture un chantier. Elle ne doit jamais être négligée ou oubliée. Les bétons neufs ont un pouvoir très basique qui les rendent caustiques. Tout comme le béton nous « ronge » la peau lors de sa confection, il attendrit et fragilise trop les cornes des sabots lorsqu’il n’est pas neutralisé. Cela génère alors un nombre de boiteries diffuses qui peut être important et que l’on ne maitrise pas.

Pour les neutraliser, il suffit de répandre à l’arrosoir une solution d’eau et de vinaigre blanc (10% de vinaigre). Pour les grandes surfaces, vous pouvez préparer un volume de solution important dans un bac à eau d’herbage que vous déplacez dans le couloir avec le chargeur du tracteur. Vous pouvez prendre dedans directement à l’arrosoir pour épandre avec une pomme d’arrosoir et mouiller généreusement. Cette étape est à refaire à chaque intervention sur les bétons, y compris sur des vieux bétons après une nouvelle scarification.

Que faire lors du coulage des couloirs ?

Pour éviter tous risques d’accidents à la mise en service de bâtiment, vous pouvez appliquer une empreinte sur les bétons en passant un rouleau à la confection des couloirs. Cela permet de passer quelques années tranquilles. Attention cependant à l’état de surface que cela laisse sur le béton. Notons qu’après une telle application, lorsque les bétons seront redevenus glissants, il sera difficile de passer un rainurage dans les empreintes pour redonner une friction suffisante. La scarification sera alors plus adaptée.

Passer un coup de balai de cantonnier sur des bétons qui sont en phase de séchage permet aussi de rendre les sols suffisants abrasifs. Cela peut permettre de mettre en route le bâtiment et laisser les bétons avoir les 6 à 8 mois de séchage pour rainurer une première fois.

Dans l’extrême urgence, le temps de faire venir une entreprise permettant de traiter des bétons glissants, un épandage quotidien de sable sur les couloirs permet de limiter les glissades des vaches. Un passage de nettoyeur très haute pression permet aussi de redonner un peu de pouvoir de friction sur les bétons pour quelques jours.

 

Stanislas DESVOIS

Référent expert Robot de Traite – Littoral Normand

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