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L'observatoire de l'herbe : surveiller régulièrement la flore des prairies pendant la saison de pâturage pour éviter une possible intoxication

Actualité21/04/2020Agriculture Biologique, Observatoire de l'herbe, PrairiesBovins lait, Bovins viande

Cette semaine écoulée, la pousse de l’herbe a été de 67kg de MS/ha/jour, une pousse plus élevée qu’en 2019 à la même date, mais fidèle à la moyenne normande depuis plus de 10 ans.

Les prévisions météo pour cette semaine annoncent l’arrivée de la pluie pour ce week-end et quelques journées bien plus fraiches. Cela ne saurait déplaire à nos prairies.

 

Le pâturage peut-il être source de danger par intoxication pour nos animaux ?

La flore des prairies est en général riche, et lorsque les plantes diverses commencent à s’installer suite à des conduites techniques inadaptées et/ou des conditions de milieux particulières, on peut voir se développer certaines plantes plus ou moins toxiques, même si les cas d’intoxication restent rares.

La plupart des plantes des prairies et des abords contenant des substances toxiques perdent leur toxicité une fois séchée en foin, enrubannage ou ensilage, ce n’est hélas pas le cas pour la galéga officinal (fleurs mauves des zones humides), le séneçon de Jacob (fleurs jaunes fréquente des parcelles à chevaux), la digitale pourpre (fleurs mauves en forme de cloches aux bords des haies), la grande fougère, l’euphorbe, la glycérie aquatique, la mercuriale annuelle, le millepertuis, la morelle noire, les graines de moutarde et de nielle des blés, la prêle, ou encore la potentille pour les chevaux (aussi appelée faux fraisier).

En général, les plantes fraiches contenant des substances toxiques ne sont que peu consommées en vert au pâturage par les animaux, la nature est bien faite, elles ne sont que peu appétentes pour le bétail (œnanthe, séneçon Jacob, euphorbe..). Elles peuvent avoir un gout amer (cardamime des prés, gesse des prés) ou dégager une odeur particulière (flouve odorante : graminée sur sol appauvri; grande ciguë : ombellifère à grande tige creuse, petites fleurs blanches étoilées). Les animaux devraient en ingérer de bonnes quantités, de l’ordre de 2 à 4kg brut par animal, et ce pendant plusieurs jours voire semaines pour montrer des effets dépréciables sur leur santé.

Peu de risques avec les renoncules : la renoncule âcre (bouton d’or), très courante dans les prairies humides acides et pâturées, la renoncule bulbeuse dans les milieux secs et la renoncule rampante dans les sols riches argileux. Elles sont toxiques en vert, surtout les feuilles à la floraison, à un niveau qui reste cependant faible. Elles provoquent des troubles digestifs et une inflammation de la bouche. Les empoisonnements restent très rares. Et comme la substance toxique, la protoanémonine, est volatile, elle disparaît après séchage.

Cas des rumex et grande oseille : la présence d’acide oxalique est inconvenante pour l’animal dès lors que l’ingestion est répétée. Les jeunes pousses qui sont bien consommées peuvent provoquer irritations digestives et rénales.

Attention si la prairie borde des habitations ! Les haies constituées de thuyas, lauriers, buis et ifs à baies sont dangereuses pour tous les animaux (bovins, équins, ovins). Il suffit de 300 grammes en vert pour octroyer troubles digestifs, hypersalivation, coliques, convulsions, arrêt cardiaque et mort quasi immédiate de l’animal.

Attention aussi après une tempête ! Les branches cassées des parcs, jardins ou cimetières peuvent arriver dans la prairie pâturée.

Et pour l’automne : si la sécheresse est marquée, les animaux se régaleront de glands verts, fortement riches en tanins, et entrainant constipation, diarrhée noirâtre avec atteinte irréversible des reins et du foie.

Il convient de faire le tour de la parcelle avant d’y entrer les animaux.

 

Emilie Vallet, Chambre d’agriculture de Normandie

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