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Des veaux sous nourrice pour quels résultats ?

Actualité11/02/2022Agriculture Biologique, Génisses, Santé animaleBovins lait, Bovins viande

Afin d’investiguer une ancienne pratique qui se redéploie actuellement dans les élevages laitiers et appréhender objectivement les bénéfices et les difficultés liés à celle-ci, deux fermes sont suivies dans le cadre d’une étude conduite par Littoral Normand.

Cette étude se termine fin 2022 mais un premier bilan à mi-parcours a été réalisé permettant d’ores et déjà la mise en lumière des avantages et des limites de cette pratique. Différents axes ont été définis et pilotés afin d’avoir une vue globale de l’impact de cette technique d’élevage à savoir : sur les veaux, sur les vaches nourrices et sur les éleveurs.

 

Impacts sur les veaux

Un des points souvent mis en avant par l’élevage des veaux sous nourrice est le bon développement des animaux ainsi que l’absence de problème sanitaire et nous l’avons effectivement vérifié ! Aucune pathologie à déclarer sur l’ensemble des veaux et des croissances excellentes (+ de 130 gr/jour de GMQ supplémentaire par rapport au lot témoin) se poursuivant même après le sevrage !

De plus, le bien-être animal est favorisé car il n’y a pas de stress ni de concurrence pendant l’allaitement. Les veaux adoptent leur position naturelle pour téter, la vitesse de leur abreuvement est alors adaptée : il n’y a donc pas de développement de stéréotypies, de pica ou encore de têtage réciproque (comme cela a pu être le cas dans le lot témoin). Par mimétisme avec les nourrices, les veaux se mettent à pâturer très rapidement, ce qui limite la baisse de croissance généralement observée au moment du sevrage. Concernant celui-ci, il est mieux vécu s’il est effectué de façon brutale (séparations visuelle et physique simultanées) et sur l’ensemble du lot en même temps. Enfin, d’un point de vue comportemental, les veaux ont tendance à être moins proches de l’homme et nécessitent de créer des interactions et de la proximité pour éviter d’avoir des animaux « sauvages »

Effets sur les vaches nourrices

Concernant les nourrices, aucun problème d’adoption n’a été signalé. Pour ne pas avoir d’incidences négatives sur la santé des vaches (perte d’état limitée, absence de blessure sur les trayons et la mamelle), il faut définir un ratio dépendant de la production laitière de la nourrice (1 vache pour 2 à 4 veaux). Le choix de ces dernières s’effectue généralement pour des raisons impactant leur rentabilité dans le troupeau des vaches laitières = VL (cellules, boiteries, infertilité). La phase de nourrice leur permet alors potentiellement de retrouver un statut sanitaire compatible avec une production fructueuse et de réintroduire ensuite le troupeau VL. Comme pour les veaux, un sevrage brutal est mieux accepté et le stress est moins perceptible s’il est associé au regroupement avec le reste du troupeau. Le point limitant chez les nourrices est l’absence de manifestation de chaleurs. Celle-ci est d’autant plus marquée que le nombre de nourrices est faible.

Ressenti de l'éleveur

Pour les éleveurs, il est possible de valoriser des animaux improductifs dans le troupeau des VL. De plus, d’un point de vue économique, il y a une moindre consommation de concentrés par les veaux tout en ayant une mise à la reproduction avancée grâce aux excellentes croissances. Les contraintes horaire et physique de la buvées sont levées, ce qui génère un gain de temps (plus besoin de chauffer le lait, le distribuer et de nettoyer les seaux). Celui-ci doit alors absolument être mis à profit pour développer la relation homme/animal et susciter l’interactivité avec les veaux afin d’éviter les dérives vers un comportement indépendant. La mise en place de cette pratique peut nécessiter quelques ajustements notamment en phase hivernale où il faudra dédier une case spécifique pour les veaux et les nourrices. D’un point de vue organisationnel, si les vêlages sont étalés toute l’année, ils peuvent générer un temps de latence pour faire adopter des veaux en même temps à une nourrice. En outre, des différences de gabarit sont alors possibles sous une même vache, engendrant potentiellement un risque de compétition.

 

A la lueur de ces résultats, êtes-vous alors prêts à changer le mode de fonctionnement de la phase lactée de vos veaux ?

 

Cyrielle CORBIER

Vétérinaire Conseil - Littoral Normand

 

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